bulletin pour une (re)conquête de la pellicule au cinéma

On observe depuis quelque temps, dans le monde du cinéma, un regain considérable de l’intérêt porté à la pellicule - quel plaisir !

Nombreux films à l’affiche comme Sophia Antipolis de Virgil Vernier ou Diamantino de Gabriel Abrantes (que par ailleurs je recommande vivement) ont choisi le 16mm comme support visuel de leur récit ; à tord ou à raison, chacun·e se fera son avis sur la question.

Évidemment, le choix de la pellicule dans la réalisation d’un film est avant tout un parti pris pour l’esthétique de celui-ci, mais il l’est aussi pour le déroulé du tournage et de la post-production. Cependant, au-delà d’un certain look que peut donner la pellicule 16mm ou ses grandes et petites sœurs le super8, 35 ou 65mm (pour ne citer qu’elles), je suis toujours un poil surprise et/ou déçue de la façon un peu trop conventionnelle dont cette matière, pourtant tout à fait vivante, est utilisée. Disons que l’on reconnaît souvent immédiatement le 16mm, et cela donne la sensation qu’il a été choisi pour son look plus que pour sa force de proposition, son large panel de couleurs et de textures.

Ce n’est pourtant pas vraiment le cas en numérique. On choisit une caméra pour ses capacités techniques (dynamique, définition, etc.), son traitement des couleurs, ou par facilité et habitude, et l’idée, le plus souvent, est de travailler la matière numérique sur le plateau et en post-production pour trouver une esthétique en communion avec le sens que l’on souhaite donner à l’image par rapport au récit qu’elle révèle. Il est donc rare de chercher à avoir un look Sony F65 ou RED Weapon.

Pourtant, la caméra numérique et son capteur sont des outils, qui, par leur choix, nous rapprochent de l’image que l’on cherche à obtenir. Chaque caméra, même utilisée en RAW, est différente de sa voisine et chaque chef opérateur·rice préférera l’une plutôt que l’autre pour tel ou tel projet. Pourquoi ne pas en faire de même pour la pellicule ? Les émulsions chimiques ont, de la même façon, leur identité propre, peut-être plus distinctive aujourd’hui vis-à-vis des caméras numériques qu’elle ne l’était à l’époque, mais elles ont également la capacité de surprendre, proposer, inventer, brouiller les pistes. Une même pellicule, selon l’utilisation qu’on en fait, peut être délicate ou vulgaire, précise ou brouillon, moderne ou vintage. C’est par l’expérience, l’essai, l’erreur, que se révèlent à nous l’immense champs des possibles de la chimie argentique. Peut-être est-ce pour cela que l’image cinéma pellicule d’aujourd’hui semble si uniforme ? Les jeunes chefs opérateur·rice·s que nous sommes n’ont probablement pas encore eu le temps et l’expérience de chercher, contourner, tirer, frotter, filtrer, pour peaufiner et s’approprier la matière, comme nous avons pu le faire pour le R3D, le logC ou le Slog.

Alors, chers amis cinéastes, à vos sensitomètres !

Vivement !

bulletin for a (re)conquest of film in movies

It has been a while, in the movie business, that we can observe a gain of interest into film rolls - what a pleasure!

Many movies as Sophia Antipolis by Virgil Vernier or Diamantino by Gabriel Abrantes (that I vively recommand by the way) choosed 16mm film as a medium to tell their stories; rightly or wrongly, everyone will have their say on the matter.

Obviously, the choice of film in the making of a movie is a bias for esthetics, but it is it also for the unwound of the shooting and the post-production. However, beyond a certain look that 16mm film or its big and younger sisters the super8, 35 or 65mm can give (to name but a few), I’m always a bit surprised and/or disappointed in the slightly too conventional way this material, nevertheless completely alive, is used. Let us say that we often recognize immediately the 16mm, and it gives the sensation that it was chosen for its look more than for its strength of proposal, its wide panel of colors and textures.

Yet, it is not really the case in digital. We choose a camera for its technical specs (dynamics, definition, etc.), its color processing, or by ease and habit, and the idea, most of the time, is to work the digital material on set and in post-production to find an esthetics in communion with the direction that we wish to give to the image in regard to the narrative that it reveals. It is thus rare to try to get a F65 Sony or RED Weapon look.

Nevertheless, the digital camera and its sensor are tools, which, by their choice, move us closer to the image we try to obtain. Every camera, even used in RAW, is different from its sister and every cinematographer will prefer one or another for such or such project. Why not do the same for film? Chemical emulsions have, in the same way, their own identity, maybe more distinctive today towards the digital cameras than it was before, but they also have the capacity to surprise, propose, invent and confuse the issue. The same film, depending the way we use it, can be delicate or vulgar, precise or rough, modern or vintage. It is by the experience, trials, errors, that is shown to us the immense ranges of possibilities the argentic chemistry can give. Maybe this is why the film-image cinema of today seems so uniform? The young cinematographers that we are have probably not yet had the time and experience to try, by-pass, pull, rub, filter, to polish up and master the material, as we were able to do it for some R3D, logC or Slog.

So, dear friends filmmakers, to your sensitometers!

Heartily!